Uber a fait en début mai 2019 une entrée fracassante à la bourse de New York (…la plus grosse levée de fonds depuis Facebook !).

Pour controversée qu’elle soit, personne ne niera le succès global de cette licorne de la Silicon Valley ! Symbole de l’émergence d’un nouveau modèle économique, Uber est le leader mondial des transports et entre sur les marchés publics avec cette levée de fonds record, sur une valorisation d’abord annoncée à 120 milliards de dollars, aujourd’hui estimée à 80 milliards (tout de même !)

Nous serions fiers à 100 fois moins …

Alors que nous apprend Uber sur la levée de fonds et sur les codes et règles du capital-investissement, à nous les leveur de fonds et les Start-Up ?

Leveur de fonds - Les paradoxes d’Uber

Rappelons d’abord que Uber a été fondée en 2009 et compte actuellement plus de 91 millions d’utilisateurs dans le monde. La Start-Up réalise 11,27 milliards de dollars de Chiffre d’Affaires en 2018 et comptabilise 3 milliards de perte sur son exploitation cette même année. Tout cela en étant capable de réussir des levées de fonds successives colossales !

Uber casse les codes et fonctionne à contre-courant, et c’est tout en paradoxe que l’entreprise réussit son financement :

  • Une société peut perdre des milliards (les leveur de fonds s’étonnent), en fin d’année 2018 – la licorne avait accumulé 7,9 milliards de dollars de déficit- et tout de même réussir à lever des montants conséquents. Plus que cela, les investisseurs sont prêts à réinjecter régulièrement des fonds propres pour contribuer à la stratégie d’une entreprise qui n’est pas rentable ;
  • Uber est une Start-Up particulièrement contestée, et est en même temps parvient à incarner le symbole et l’inspiration d’une nouvelle génération d’entrepreneurs qui bousculent les codes et inversent les modèles économiques ;
  • De même, malgré des propos violents et polémiques ayant égratignés sa réputation, avec de nombreuses actions à son encontre, Uber ne cesse de gagner des utilisateurs.

Leveur de fonds - Ce que nous apprend Uber sur la levée de fonds

Source d’apprentissage pour les Start-Up et leveurs de fonds,Uber met en exergue quelques points essentiels :

  • Des clients et de la traction : Cela peut paraître évident, mais il s’agit d’une des plus grandes forces d’Uber. Présent sur un marché très concurrentiel, Uber a réussi à capter 91 millions d’utilisateurs, augmentant significativement de jours en jours (plus 34% en 2018 et plus 51% en 2017). Et lorsque l’on a autant de clients, autant de traction, une telle croissance du CA (+42% en 2018 et de +106% en 2017 en milliards de $) tout ou presque est pardonné ;
  • Avoir un bon storytelling : Uber réussit aussi ses levées de fonds grâce à des dirigeants passés maîtres dans l’art de faire rêver les investisseurs. Comme le dit le grand philosophe Tyrion : « People love stories » ! Il aurait pu faire un grand leveur de fonds (sur Grenoble) ;
  • Du culot : Un modèle qui bouleverse tout un marché, des stratégies à contre-courant (des coûts de rétention et d’acquisition extrêmement élevés contrairement à ce qui est préconisé par exemple), Uber ose, fonce, et n’écoute pas quand on lui dit comment faire ; La stratégie, c’est bien, l’action, c’est encore mieux ;
  • Un modèle économique maîtrisé : Uber vise avant tout l’hyper-croissance. C’est une volonté affichée et assumée, grossir d’abord puis être rentable, qui a réussi à convaincre les investisseurs. Et c’est grâce à ses coûts et revenus pensés, maîtrisés et surtout justifiés. Les investisseurs apprécient ce qui est intelligible et sous contrôle ;
  • Le poids de la masse : Uber lève des fonds au bon moment et auprès des bonnes personnes. On sent que la démarche est très travaillée. L’entreprise compte parmi ses investisseurs un panel large de financeurs et personnalités influentes, ce qui par effet de contagion, convainc la masse du bien-fondée de s’engager dans l’entreprise (Toyota, Softbank, … et même Beyonce). Trouvez un lead-investisseur, le reste suivra.

Leveur de fonds Grenoble - Les points de vigilances

Si l’engagement autour de la réussite d’Uber a de quoi laisser admiratif, notre métier de leveur de fonds appelle à la précaution. Certains acteurs du financement restent en effet vigilants et mettent en garde les Startups :

Il est en important de franchir un certain nombre d’étapes avant de devenir systémique. Tim O’Reilly, entrepreneur de la Sillicon Valley, explique que rechercher le monopole sur un marché dès les prémices d’un projet est contre-productif. Cela a plutôt tendance à fausser la concurrence et ne permet pas d’atteindre la rentabilité.

L’un des objectifs principaux d’une Start-Up est pourtant de construire un Business Model viable et rentable. Hamish Douglass, expert dans le financement des Start-Up accuse Uber de lever des fonds avec une stratégie Ponzi, grâce à des montages financiers fictifs risquant de s’écrouler à tout moment. Madoff a fini en prison pour moins que cela.

Un autre aspect soulevé est celui la defensibility : La croissance d’une Start-Up génère-t-elle des barrières à l’entrée ? Celles-ci croissent-elles avec la montée en puissance ? Il semblerait que la réponse soit négative pour Uber, et sa dominance sur le marché plutôt due à un investissement continuel dans l’acquisition de nouveaux utilisateurs. Les réseaux de transport sont surtout locaux et les chauffeurs sont fréquemment reliés à plusieurs plateformes, privilégiant le plus offrant.

Toute Start-Up n’a pas les moyens (et l’intérêt) de dépenser des milliards dans ce sens et peut se méfier de l’effet château de sable : lorsque Uber n’investira plus des milliards, comment évoluera le marché ?

Bref, nous restons sceptiques (même si nous aurions aimé être leur leveur de fonds). Comme le dit un célèbre proverbe français « C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ».

Leveurs de fonds en Rhône-Alpes, les consultants Rainmakers accompagnent les Start-Up avant, pendant et après leurs levées de fonds. Nous intervenons sur Lyon, Grenoble, St Etienne, Valence, Annecy, et Chambéry, depuis la love money jusqu’à la série A en passant par l’amorçage et l’accompagnement des boards.