Tous les indicateurs étaient au vert, ou presque. La courbe de levée de fond ne cessait de grimper et quelques ex-startups avaient dépassé les 1000 milliards de capitalisation boursière. Les levées de fonds en capital risque battaient des records, tout de même 5 milliards€ en 2019 dans l’hexagone, un doublement en 3 ans. Même si certains se demandaient jusqu’à où aller gonfler cette bulle avant d’éclater, si d’autres (nous autres leveurs de fonds, par exemple) regrettaient que l’amorçage reste à la peine dans cette euphorie mondiale … c’était semble-t-il le bon temps.

Le coronavirus nous incite-t-il à tout repeindre en noir et sombrer dans la dépression ? Même en ces temps de crise, il est important de prendre du recul pour mesurer la situation.

Notons d’abord que l’économie mondiale n’en est pas à son premier ralentissement, les spécialistes prévoyaient déjà l’effondrement du monde à la suite de la crise financière mondiale de 2008, et pourtant, quelques années après, l’économie mondiale ne s’est jamais aussi bien portée ! Bon nombre d’entreprise et d’investisseurs ont su saisir ces difficultés pour en faire des opportunités. cf. Google et PayPal qui ont explosé après la crise de la bulle internet, ou encore Airbnb et Uber après le krach de 2008.

Une création monétaire massive

Report des cotisations, échéances fiscales, négociation des échéanciers de crédit, tout est prévu pour limiter la casse. L’État Français vient à la rescousse des startups en prévoyant un plan de « sauvetage » de 4 milliards d’euros afin de préserver la continuité de l’activité économique et surtout leurs pérennités.[1]

Par l’intermédiaire de BPIFrance, l’état prévoit notamment de financer des bridges entre deux levées de fonds à hauteur de 80 millions d’euros, à condition que les fonds de capital-risque abondent de la même somme, ce qui aura pour but de soulager les startups en cours de levée de fonds.

Ces financements sous forme d’obligations convertibles visent à encourager les investisseurs privés dans leur dynamique. En France, l’écosystème de l’innovation est très fortement sponsorisé par nos impôts, le gouvernement ne semble pas changer de cap et c’est tant mieux dans la conjoncture.

La clé de sortie, c’est donc le cash, et il semblerait qu’il soit distribué de façon massive. Espérons que cet « helicopter money » viendra soutenir les entreprises les plus fragiles, les très jeunes startups en amorçage. La clé de sortie, c’est donc le cash, et on imagine bien que les startups plus matures vont « se mettre à la cape », se concentrer sur les revenus et assurer leur pérennité avant de revenir aux songes d’hyper- croissance. À moins que de nouvelles opportunités de croissance externe se présentent. La clé de sortie, c’est donc le cash, et les VC (qui ont nourri leurs fonds avant la crise) en disposent encore !

Face à l’incertitude : la règle des trois tiers

Pour faire face à l’urgence, le capital-risque sera sans doute amené à passer en revue toutes les startups dans lesquels ils ont investi pour déterminer lesquelles aider en priorité. Règle des trois tiers : un tiers de ces jeunes entreprises vont réussir à se débrouiller sans apport complémentaire de capital, un tiers devra être soutenu, via des bridges… et malheureusement le dernier tiers ne passera pas la vague. C’est de fait la loi du genre, les acteurs y sont rompus car ils vivent d’une certaine façon en crise permanente…

Dans le monde économique, les VC et les entrepreneurs sont – ont toujours été – des champions de la résilience ! Ils feront face.

Que sera demain ?

« La prévision est un art difficile, surtout quand il s’agit d’avenir » ! Cette crise aura bien entendu des effets. Certains marchés seront à la peine, la consommation va connaître des soubresauts, le financement sera affecté. Mais nous restons positifs quant aux levées de fonds à venir.

Certes les processus vont se ralentir à court terme. Certes certains fonds verront leurs ressources réorientées vers le soutien de leurs portefeuilles, et donc consacreront moins d’argent, moins de temps aux nouveaux dossiers. Certes, les valorisations, notamment aux US vont être challengées. Certes les souscripteurs en amont restreindront leurs investissements dans le capital risque.

Pour autant, l’innovation reste le nerf de la guerre face à notre monde devenu VUCA, ce dont la ‘coronacrise’ est le témoignage. Et le capital risque est la clé de l’innovation. Sans compter les opportunités qui vont advenir : l’action de Zoom s’envole à Wall Street…

Finalement, même si le marché du financement et de l’accompagnement des startups se contractait de 30%, …il reviendrait seulement au niveau de 2018-2019 qui n’était pas si mal. En attendant, YES WE ARE OPEN !

 

[1] Source : economie.gouv.fr (https://www.economie.gouv.fr/coronavirus-startup-mesures-de-soutien-economique)