On pourra trouver que nous sommes des leveurs de fonds taquins, il n’empêche : L’histoire d’Uber pourrait faire à elle seule l’objet d’un guide des mauvaises pratiques en tant que start-up : absence de business model convaincant, proposition de valeur bancale, gaspillage de cash à tout va, dirigeants non éthiques, diversifications insensées, levées de fonds démentielles  … Uber pousse la caricature de la startup à l’extrême alors que tous les indicateurs sont au rouge et qu’elle voit davantage grandir le nombre de polémiques à son encontre que son chiffre d’affaires.

La crise du COVID-19 n’a pas arrangé la situation de l’entreprise : licenciement de près d’un quart de ses effectifs et chiffre d’affaires en chute libre, sans oublier le modèle économique qui repose sur l’indépendance de sa main d’œuvre mise en péril par suite de décisions de justice qui prévoient la requalification des chauffeurs dits indépendants en salarié.

Et pourtant, malgré le sentiment qu’elle donne de constituer d’être dans un puit sans fond, Uber s’est imposée comme la précurseure d’une nouvelle forme d’entreprise : l’ubérisation. Ces startups souvent qualifiées de barbares, voient le jour grâce à des investisseurs assez fous (ou malins) pour comprendre le potentiel de leurs projets et les soutenir en amont avec des levées de fonds colossales destinées à assurer un « blitz-développement ».

De quoi s’agit il, et qui sera la prochaine victime de ces startups que rien ne semble arrêter ?

Avant d’être popularisé par Uber où ce terme prend ses racines, on parlait plutôt d’innovation de rupture. Dans son livre « The Innovator’s Dilemma » publié en 1997, Christensen définit ce terme comme « un procédé selon lequel une entreprise prend pied dans un marché en proposant d’abord un service ou un produit répondant à un besoin délaissé, puis remonte la chaîne de valeur, et finit par supplanter ses concurrents. »

Ce concept va à l’encontre de la politique des grandes entreprises qui se concentrent à proposer des produits plus performants pour leurs clients, c’est ce qu’on appelle une innovation incrémentale, on améliore un produit déjà existant en trouvant des arguments pour le vendre plus cher et donc maximiser sa marge.

Ce « no man’s land » laisse le champ libre aux startups, c’est ce que Christensen qualifie d’asymétrie de motivation et de compétence, en général, les possibilités techniques évoluant bien plus vite que le besoin des utilisateurs. Ce phénomène est d’autant plus puissant que bon nombre de ces grandes entreprises semble se sentir intouchable et ne croit pas aux propositions faites par les innovations de rupture, de sorte qu’elles ne cherchent pas à adapter leurs propositions de valeurs et réagissant bien trop tard : Kodak avec le passage à la photo numérique, Blackberry avec l’iPhone en 2007 … Les exemples ne manquent pas et comme le résume très bien Christensen « embrasser la rupture c’est tuer son activité actuelle sans garantie de réussir dans la nouvelle, mais ignorer la rupture c’est aller à une mort certaine. »

La fin d’Uber comme clap de fin de l’ubérisation ?

Les difficultés d’Uber signifient-elles pour autant la fin de l’ubérisation ? bien au contraire : des sociétés comme AirBnb, Meero, Instagram … et bien d’autres le démontrent. Leur grande différence avec Uber : une communauté solide ! En effet, bien qu’Uber ait révolutionné la façon de penser et d’utiliser le transport urbain, l’absence d’un effet de communauté fragilise la pérennité de son modèle économique. Au fond, n’importe quelle compagnie locale est en mesure de concurrencer le mastodonte sur son terrain, les barrières à l’entrée sont faibles. Uber est donc obligé de dépenser des sommes considérables pour conserver ses clients et chauffeurs, et donc n’a le choix que de ponctionner excessivement le business (tout de même, vous sentez vous à l’aise avec le fait de payer de fait 25% au prix de la course, juste pour la plateforme ?), ou bien de continuer à lever des fonds.

Si l’on revient outre-Atlantique avec l’exemple de Blablacar, elle a tout d’abord commencé par se concentrer sur un marché de niche, les habitués du covoiturage, qui ont créé une première communauté de base précieuse et solide pour la startup, elle a élargi peu à peu son marché jusqu’à séduire une base d’utilisateurs lambda et diversifier son offre afin de faire du mass market, mais toujours en s’appuyant sur une communauté solidement tenue, fidèle et qui apprécie le service fourni.

Et donc nous envoyons un message à nos futur clients startups : Si vous souhaitez mener de belles levées de fonds, faites de l’ubérisation, mais ne vous inspirez pas d’Uber ! faites-en sorte d’adresser un marché important, avec une proposition de valeur disruptive, s’appuyant sur un modèle économique fort … et créatrice de barrières à l’entrée !

Leveurs de fonds en Rhône-Alpes, les consultants Rainmakers accompagnent les Start-Up avant, pendant et après leurs levées de fonds. Nous intervenons sur Lyon, Grenoble, St Etienne, Valence, Annecy, et Chambéry, depuis la love money jusqu’à la série A en passant par l’amorçage et l’accompagnement des boards.

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