L’écosystème de financement des startups produit bien des oxymores, et les fonds de corporate venture (CVC en anglais : Corporate Venture Capitalists) en sont un des plus beaux exemples.

Il s’agit de fonds d’investissement dont la vocation est de porter l’investissement de grands groupes (les « corporate ») dans les startups. Ce mariage de la carpe et du lapin présente bien des avantages sur le papier :

  • Pour les Groupes :
    • En quelque sorte sous-traiter le risque de R&D, en investissant sur des projets et des startups externes plutôt qu’en activant leurs propres laboratoires ; On peut y voir une forme particulière « d’open innovation »
    • Limiter l’investissement initial en s’associant avec d’autres fonds de capital-risque, tout en contrôlant de fait (ou en essayant) le devenir de la startup. On pourrait comparer cela à un achat d’option ;
    • Se tenir en permanence branché et informé sur l’innovation de son secteur d’activité, sentir les tendances ;
    • Dans une optique RH, accroitre le pool de compétences de l’organisation voire préparer positivement la sortie de certains managers en finançant leur projet d’indépendance.
  • Pour les startups :
    • Une nouvelle source de financement qui vient s’ajouter aux VC traditionnels ;
    • L’opportunité de monter des partenariats en tant qu’insiders, d’accéder plus facilement et plus rapidement à certains marchés ou à certaines technologies ;
    • Crédibiliser leur projet auprès des tiers.
    • Possibilité de bénéficier d’un accompagnement, d’un réseau, de distributeurs…

Pour autant, il suffit d’inverser l’argumentation pour mesurer tous les risques et toutes les ambiguïtés de cette relation :

  • Une prise de participation minoritaire qui peut pourtant devenir contraignante pendant le développement de l’entreprise et bloquante lors de la sortie
  • Un fort décalage culturel qui peut compliquer les échanges et la relation
  • Des actifs de la startup qui pourraient glisser vers le Groupe sans que celui-ci en ait payé le prix fort
  • Un mélange d’objectif financiers, business, industriels, une confusion de stratégies qui peuvent virer à l’abominable (ingérable) mélange des genres.

Au demeurant, tous les CVC ne se ressemblent pas, et France Invest distinguait en 2016 deux axes de différentiation qui permettront aux entrepreneurs de mieux cartographier le positionnement de leurs interlocuteurs et donc les chances de faire converger les objectifs.

Car il serait dommage d’ignorer des acteurs qui pèsent aujourd’hui plus de7Mds€ et plus de 600 deals en Europe (2019)[1] soit 20 à 30% du marché !

En pratique, on retiendra également que les CVCs investissent surtout en série A et au-delà – rarement en amorçage-, et toujours avec une intention stratégique. Ils sont souvent suiveurs, i.e. rarement chef de file, en tout cas ils n’investissent qu’exceptionnellement seuls, et leurs exigences ESG[2] sont particulièrement fortes.

Bref, les CVC peuvent engendrer le pire comme le meilleur, et comme le dit le proverbe « quand on mange avec le diable, il vaut mieux se munir d’une longue cuillère ».

Quelques questions à se poser :

  • …Ai-je le choix ?
  • Quels contre-pouvoirs puis-je instaurer ?
  • En quoi mon pacte d’associés peut limiter les risques de cette prise de participation ?
  • Quels sont les synergies probables et celles-ci ont-elles été suffisamment précisées et vérifiées lors de la négociation ?
  • Quels sont les risques que le CVC bloque une sortie capitalistique qui ne lui conviendrait pas au bout de quelques années ?
  • Quels sont les risques que la présence d’un CVC au capital bloque la capacité à faire des affaires avec un de ses concurrents ?
  • Last but not least (ça s’est vu) : quelles sont les risques que le CVC bloque toutes options externes de sorte qu’il pourrait s’approprier à bon compte la technologie de la startup ?

[1] Source Deloitte /Orange Venrure – baromètre CVC 4ème édition

[2] Environnementales, sociales et de gouvernance

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