Ça sonne un peu comme un oxymore… Venture-loan, ou dette aventureuse : certains ont dû perdre des points en master finance pour moins que cela !

Dans les faits, c’est un outil de financement hybride, à mi-chemin entre la dette bancaire et l’augmentation de capital.

Comme la première, c’est une dette, à ceci près qu’elle prend le plus souvent la forme d’un contrat obligataire. Comme toutes les dettes, elle présente l’avantage de financer l’entreprise sans diluer les actionnaires.

A la différence de la dette bancaire, toutefois, le venture loan est souvent considéré par les analystes comme faisant partie des « quasi-fonds propres », notamment s’il est remboursable in fine, et les critères de décision des prêteurs ressemblent beaucoup plus à ceux du venture capital qu’à ceux des banquiers traditionnels… même s’il faut, en France notamment, que l’entreprise ait atteint son seuil de rentabilité ou soit en passe d’y parvenir. (NB : Les spécialistes anglo-saxons sont plus enclins à tolérer un exercice encore déficitaire, dès lors qu’une levée de fonds crédible est programmée à court terme.)

Les Venture-loan se distinguent notamment des obligations convertibles -particulièrement appréciées par les VCs – en ce sens justement qu’ils ne sont pas destinés à être transformés en actions.

 Les venture-loans sont notamment recommandés dans les indications suivantes :

  • Pour repousser dans le temps une levée de fonds – ou en diminuer le montant- et atteindre ainsi une meilleure valorisation à terme. Cf graphique ci-après[1]. En cela, elles sont parfois assimilées à un bridge
  • Comme une sorte d’assurance, afin d’augmenter artificiellement son financement et ainsi se prémunir contre d’éventuels retards dans l’atteinte des jalons promis aux investisseurs ;
  • Pour le financement d’équipements, voire d’une acquisition.

On peut enfin l’utiliser pour financer, au moins partiellement, la sortie d’actionnaires minoritaires devenus indésirables, mais s’agissant d’une opération ne créant pas directement de la valeur, … il sera alors  nécessaire de se montrer très convaincant.

Evidemment, cette magie a un prix : les taux sont beaucoup plus élevés que la dette traditionnelle, autour de 10%, et les prêteurs bénéficient d’une option d’achats de titres pour une très faible part du capital, ce qui leur permet de doper leur rentabilité. De plus, certains acteurs, pas tous, se montrent assez exigeants en termes de garanties et/ou d’obligation de remboursement anticipés en cas de non atteinte de certains seuils (« covenants »).

Et surtout : ne pas oublier qu’il faudra bien un jour rembourser le loan !

Quelques questions à se poser :

– La souscription d’un venture loan est-elle compatible avec les cash-flows prévisionnels de l’entreprise ?

– Qui sont les opérateurs susceptibles de proposer ce produit si particulier ?

– Quelle est la dilution induite potentiellement par un venture loan ?

– Venture-loan amortissable avec franchise, ou bien remboursable in fine ?

– Ai-je bien mesuré le risque lié aux covenants éventuels ?


[1] Source graphique : https://www.kauffmanfellows.org/journal_posts/venture-debt-a-capital-idea-for-startups

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