2023, année de la déferlante IA

L’an dernier, ce sont près de $28B qui ont été levés par des sociétés liées à l’IA générative dans le monde (hors Chine), une véritable lame de fond et une multiplication par 4 des investissements par rapport à 2022. Sans surprise, ce sont les startups développant les LLMs (Large Language Models) qui se sont octroyées la plus grosse part du gâteau, leurs activités étant particulièrement capitalistiques.

On notera que 14 sociétés d’IA ont acquis en 2023 le statut de licorne (valorisées $1B+), la française Mistral AI se classant 3ème derrière Anthropic et Cohere avec une valorisation proche de $2 B. Conjugué aux investissements récents de Google à Paris, ce succès ancre encore davantage notre pays comme acteur incontournable de l’IA dans les années à venir.

Dans des proportions moindres, la thématique IA est restée très porteuse en 2023 au sein de l’écosystème des startups tricolores, la vague venue d’outre Atlantique ayant continué de soutenir le marché des startups misant sur cette technologie. Mistral AI sort ainsi au second rang de la league table 2023 des levées de fonds françaises avec 490 M€ (en deux fois), devancée uniquement par la pépite deeptech Verkor et ses projets d’usines de batteries électriques (890 M€). En cumulé, les levées liées au thème de l’IA ont représentés 15% des montants levés en France en 2023.

On aura observé que l’usage de l’IA n’est pas cantonné stricto sensu au secteur de la tech : au-delà de la licorne Mistral AI, la plupart des levées mettant ce thème en avant concernaient la Medtech / Biotech (Nabla, Iktos, Gleamer) ou même l’industrie (Braincube). L’IA apparaît donc déjà comme une technologie de pointe applicable à la résolution de problèmes divers ainsi qu’à l’optimisation d’une large gamme de processus complexes.

Le classement que nous présentons concerne uniquement les startups françaises jusqu’à la série B.

Surfant sur la vague de l’intelligence artificielle générative, la jeune pousse Mistral AI a signé deux levées en 2023 qui l’ont propulsé dans le petit groupe des licornes françaises moins de 9 mois après sa création.

Le fond californien a16z (Andreessen Horowitz) aurait pris un ticket représentant plus de 50% des 385 M€ levés lors de la série A de décembre 2023. Eric Schmidt (ancien DG de Google), BpiFrance, Salesforce, CMA-CGM, BNP-Paribas, l’allemand La Famiglia et l’américain Lightspeed Ventures Partners comptent également parmi les nouveaux actionnaires.  Les trois fondateurs Timothée Lacroix, Guillaume Lample et Arthur Mensch conservent une participation majoritaire à l’issue de ce tour.

Mistral AI a choisi l’open source pour rendre accessible au plus grand nombre ses modèles de langage, entraînés sur une base de données de pages web. L’entreprise propose une plateforme couplée à une interface de programmation (API), utilisée dès à présent par certains clients et ouverte à tous début 2024. Celle-ci permettra d’intégrer ses deux modèles de génération de texte, dont le second vient d’être lancé, dans les futurs produits de développeurs.

Braincube édite un logiciel de traitement des données de fabrication visant à optimiser les procédés industriels. La société rhônalpine a réalisé en novembre une opération de 83 M€ sans effet de levier, faisant entrer Bpifrance Investissement et Scottish Equity Partners en position majoritaire. Iris, Next47 (Siemens) et l’un des trois co-fondateurs (Hélène Olphe-Galliard) quittent le capital à cette occasion.

Gleamer, éditeur parisien d’un logiciel pour les radiologues va étoffer sa suite de deux nouvelles solutions après sa série B de 27 M€ auprès de Supernova Invest, Heal Capital et ses actionnaires historiques.

Gleamer propose à ce jour cinq solutions basées sur un algorithme d’intelligence artificielle, parmi lesquelles Bone Measurement, capable de réaliser automatiquement des mesures orthopédiques, Bone Age, facilitant le repérage de trouble de la croissance osseuse ou encore Chestview, entraîné à détecter des pathologies pulmonaires.

La PME de 50 personnes, qui revendique une clientèle de 650 hôpitaux et centres de radiologie dans le monde, réalise un ARR de 7 M€.

Après sa série A de 15 M€ bouclée en avril 2021, la startup fondée par les serial entrepreneurs Alexandre Lebrun et Laurent Landowski a su pivoter avec succès vers une nouvelle offre s’adressant aux médecins. Nabla copilot leur permet de rédiger, grâce à l’IA générative « ambiante » (c’est-à-dire qui écoute son environnement), leurs compte-rendus médicaux.

Cette nouvelle levée de 22 M€ réalisée par Cathay Innovation pour plus de 20 M€, devant CMA CGM (via le fonds de son accélérateur Zebox Ventures), doit permettre à la société de développer cette offre.

Plus de 20 000 médecins utilisent Nabla pour générer leurs compte-rendus, dont seulement 5 % nécessiteraient des corrections selon la start-up. En rythme annuel, quelque trois millions de consultations sont retranscrites.

Fin 2024, la société compte atteindre 15 M€ d’ARR.

La société de plus de 4 M€ de revenus à l’origine d’une plateforme d’IA pour la découverte automatisée de molécules au service des laboratoires change de modèle et lève 15,5 M€ auprès de deux investisseurs corporate accompagnés d’Omnes.

Après avoir décliné son offre sous formes de services, puis sous forme d’abonnement à son logiciel SaaS (50 % de ses revenus aujourd’hui) afin de permettre à ses clients de mener leurs développements eux-mêmes, elle veut créer une plateforme unique qui combine l’intelligence artificielle et l’automatisation de la synthèse chimique.

Les trois co-fondateurs ne sont plus majoritaires à l’issue de ce tour. La société programme une trentaine de recrutements dans les deux ans et compte se déployer à l’international tout en se musclant sur le plan commercial et à l’international.

Nous estimons que l’IA devrait demeurer un des thèmes les plus porteurs sur le marché du Private Equity en 2024. Pour s’en convaincre, on pourra se référer à des études récentes (Coatue, Morgan Stanley) mentionnant les chiffres suivants :

  • Tous secteurs confondus, l’IA générative devrait permettre d’automatiser 25% des tâches d’ici 2030.
  • 50% des entreprises dans les grands pays industrialisés visent à mettre en production au moins une application IA avant la fin 2024 (alors qu’elles ne sont que 10% à l’avoir fait à l’heure actuelle !)

Couplés au rebond récents du Nasdaq, ces éléments augurent donc d’un climat extrêmement propice pour les levées IA en 2024.

Les domaines d’application de l’IA semblent nombreux, toutefois les investisseurs devraient continuer de privilégier les projets présentant un compromis Risque/Demande satisfaisant. Par Risque, on entend ici le risque réputationnel et/ou opérationnel qui découlerait de propositions erronée ou inexactes provenant de l’IA. Avec ce paradigme, ce sont donc les deux cases du haut dans le diagramme ci-dessous qui devraient susciter l’intérêt des VC (source : Harvard Business Review).

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