“Les vraies révolutions ne font pas toujours de bruit. Parfois, elles avancent en silence, à la vitesse du son.”
Les varices, c’est très moche, c’est parfois (très) douloureux, et parfois aussi (très) handicapant dans la vie de tous les jours. En plus, les traiter impose d’aller à l’hôpital pour une opération invasive.
…enfin, ça, c’est avant VeinSound
Chez Rainmakers, on a la chance de rencontrer chaque jour des entrepreneurs qui bouleversent leur secteur. Mais parfois, il y en a un qui marque plus que les autres.
J’ai rencontré Thomas Charrel pour la première fois en 2014, à une époque où nous étions deux jeunes startuppers pleins d’énergie et de naïveté dans un secteur aussi exigeant que fascinant : celui des technologies vasculaires.
Thomas travaillait déjà sur les ondes ultrasonores – un domaine qui, à première vue, semblait saturé et réservé aux grands acteurs du dispositif médical.
Une aventure née dans les profondeurs du réseau veineux
C’est en 2017 que Veinsound est fondée, à Lyon.
Le nom dit tout : veine et son. Une signature simple, presque poétique, pour un projet ambitieux : traiter les varices grâce aux ultrasons non thermiques.
Aujourd’hui, on sous-estime souvent la banalité – et la gravité – de l’insuffisance veineuse. En France, plus de 15 millions de personnes en souffrent. Les jambes lourdes, les douleurs, les cicatrices, les interventions à répétition… autant de réalités quotidiennes.
Le traitement classique ? Chirurgie, laser, sclérothérapie. Des gestes efficaces mais souvent invasifs, nécessitant anesthésie, hospitalisation ou convalescence.
Thomas, avec l’équipe de VeinSound, a pris le problème à la racine : et si l’on pouvait refermer une veine malade sans la chauffer, sans la couper, sans piquer ?
Quand la physique devient médecine
LC’est là toute la force de Veinsound : une technologie d’ultrasons pulsés qui ne chauffe pas les tissus, mais agit de façon mécanique, par oscillation de microbulles naturelles présentes dans le sang.
Ces microbulles entrent en résonance sous l’effet d’un champ acoustique précis ; elles vibrent, se compriment, se dilatent — et cette micro-mécanique provoque localement une modification de la paroi veineuse, jusqu’à l’oblitération de la veine malade.
Résultat : une intervention de 10 à 15 minutes par jambe, sans incision, sans anesthésie, sans hospitalisation.
Le patient se lève, rentre chez lui, reprend sa vie.
Le médecin agit avec précision, sécurité, et une ergonomie adaptée à son cabinet.
Le courage de la lenteur
Alors que beaucoup de jeunes medtechs cherchent la levée de fonds spectaculaire ou le “buzz” médiatique, Thomas a choisi d’ancrer Veinsound dans le tempo de la rigueur scientifique et clinique.
Pendant plus de cinq ans, Veinsound a avancé pas à pas : prototypage, études précliniques, validation in vitro, essais sur tissu animal, collaboration avec des angiologues et physiciens.
Une méthode presque artisanale, mais exigente.
Et c’est seulement en 2025 que la société entre dans une nouvelle phase : l’étude clinique sur l’homme, première étape vers le marquage CE.
Ce choix de patience, dans un monde obsédé par la vitesse, mérite d’être souligné.
Parce que dans la santé, la lenteur n’est pas faiblesse ; elle est gage de sérieux, de sécurité et de durabilité.
L’onde de choc industrielle
Comme d’autres startups que RainMakers a accompagnées, Veinsound prépare une réinvention silencieuse de tout un secteur.
Et cela passe aussi par la fabrication.
Veinsound a fait le choix d’implanter son unité de production à Lyon, à deux pas des centres hospitaliers et des laboratoires d’ingénierie biomédicale.
Une “usine urbaine”, pensée dès l’origine pour garantir qualité, réactivité et souveraineté technologique.
Pas de sous-traitance lointaine, pas de dépendance industrielle : un modèle intégré, à taille humaine.
Cette approche “maîtrisée” se traduit par une philosophie simple et efficiente : concevoir, produire, tester et itérer dans un même écosystème.
C’est aussi ce qui permet à Veinsound de collaborer efficacement avec les praticiens – les vrais acteurs du changement.
Un enjeu de santé publique majeur qui créé un potentiel marché exceptionnel
Un quart de la population mondiale sera touché à un moment de sa vie par une pathologie veineuse.
Aujourd’hui, dans de nombreux pays, le traitement des varices reste coûteux, invasif et concentré dans les centres hospitaliers.
L’ambition de Veinsound est de ramener le soin au plus près du patient, dans le cabinet du médecin vasculaire : rendre accessible un traitement efficace, sûr et indolore, sans dépendre d’un plateau technique lourd, de façon à le démocratiser.
À terme, on peut imaginer un changement de paradigme : des millions de patients soignés plus tôt, plus simplement, et à moindre coût pour les systèmes de santé.
Un entrepreneur ancré et inspirant
Thomas n’est pas de ceux qui se racontent.
Il préfère parler de ses équipes, de ses partenaires, de la science.
Mais derrière cette discrétion se cache une vision entrepreneuriale ancrée dans la physique, la médecine et la conviction qu’il faut rendre le soin accessible.
Polytechnicien de formation, ingénieur par réflexe, clinicien par passion, il a su fédérer autour de lui des profils complémentaires : médecins, physiciens, ingénieurs, investisseurs et mentors.
Il a aussi su convaincre des partenaires publics et privés, tout en gardant l’indépendance nécessaire à sa trajectoire.
Une levée de fonds communautaire, un modèle nouveau et efficace
Après plusieurs tours d’amorçage réussis (environ 2,7 millions d’euros cumulés), Veinsound a réussi à convaincre plusieurs centaines de médecins et de chirurgiens à rejoindre l’aventure par l’intermédiaire d’une levée de fonds communautaire, pilotée de A à Z en interne
Et, comme souvent avec les coups de cœur de Rainmakers, c’est moins une question de rentabilité immédiate qu’une question d’impact réel, mesurable, tangible.
La juste mesure
Le son, c’est de la vibration.
Trop fort, il détruit. Trop faible, il n’agit pas.
Entre les deux, il soigne.
Veinsound est exactement à cette fréquence : celle de la maîtrise, de la précision, de la modestie scientifique.
Ce n’est pas une révolution tapageuse, c’est une évolution maîtrisée, au service d’un soin plus humain, plus simple, plus universel.
Coup de cœur, vraiment
Je le dis sans détour : ce projet me touche.
Parce qu’il parle de soin, de science, et d’humilité.
Parce qu’il met la technologie au service du geste médical, et non l’inverse.
Parce qu’il s’enracine dans le réel, sans perdre de vue le rêve.
Veinsound, c’est l’exemple parfait de ce que nous aimons chez Rainmakers : des innovations qui s’intègrent quasi-naturellement, par la force de leur évidence.
Ni plus, ni moins. Ce n’est pas de la science-fiction. C’est un changement d’échelle.
À propos de Christophe
Christophe, Partner de Rainmakers & Partners, accompagne les startups avant, pendant et après leurs levées pour maximiser leurs chances de succès.