Vous savez… PALANTIR, la startup de Alex Karp, Peter Thiel et Nathan Gettings qui vient de réussir une entrée en bourse à New York avec une valorisation vertigineuse de 20,6 milliards de dollars !

Bon, ils ne sont pas venus nous trouver pour leur financement, c’est vrai. Pour autant, leur cas est passionnant, et nous aurions bien aimé les faire passer au filtre de notre « 6SIduVC », première étape de l’accompagnement d’une startup qui vise une levée de fonds.

Et s’ils étaient vraiment venu nous demander de les accompagner pour une levée de fonds ? Quelles questions, en tant que leveur de fonds, leur aurions-nous posées ? Et quelle aurait été notre analyse ? 

Suivons la marelle

Si Palantir est devenu un spécialiste du Renseignement avec son logiciel secret d’analyse de données distribué auprès de clients tels que la CIA ou encore la NSA, parler le même langage que celui des investisseurs n’est pas sa spécialité.

La preuve ? Un fondateur qui affirme qu’il n’a pas besoin d’argent mais qu’une entrée en bourse motiverait ses employés[1], une startup qui assume qu’elle pourrait ne jamais atteindre l’équilibre ou encore les exigences hors du commun de la startup en termes de gouvernance qui placeront les investisseurs dans une position « passive » grâce au droit de vote et au pouvoir décisionnaire important accordés aux fondateurs.

Ils se rattrapent sur l’opportunité ! De ce point de vue, aucun doute, la startup est au rendez-vous. Palantir répond à un besoin évident d’analyse de BigData et de discrétion notamment auprès de sa clientèle gouvernementale qui représente plus de 50% de son CA. Elle permet aussi aux entreprises de sécuriser, renforcer et analyser les données avec facilité. Le marché est énorme et la startup a su créer sa place même s’il est important de noter que cette dernière ne souhaite faire affaires qu’avec des clients « alliés » des Etats-Unis.

Cependant, cette belle opportunité cache certaines faiblesses au niveau de son Business Model. D’une part, la part du CA liée au contrats gouvernementaux augmente bien plus vite que celle liée aux contrats commerciaux. Or, ce sont bien les contrats commerciaux qui rapportent le plus à la startup et qui pourraient lui permettre de limiter les pertes considérables qu’elle connait (590 millions de dollars en 2019). Autre problème soulevé : la startup personnalise chaque solution ce qui implique un processus long et coûteux. Sur cet aspect, Palantir semble avoir réagi et commence à automatiser son processus afin de réduire les coûts … L’avenir nous dira si cela leur permet d’obtenir de meilleurs résultats financiers.

Malgré un Business Model fragile, c’est surement la « Magic Sauce » de la startup qui leur permet de lever des fonds avec autant de facilités ! Les barrières à l’entrée sur ce secteur, leurs technologies, protégées, qui ont déjà fait leurs preuves et leur savoir-faire donnent du fil à retordre à la concurrence et leur offrent une position privilégiée.

 « Magic Sauce » et Traction vont-t-elles toujours de pairs ? En ce qui concerne Palantir, la startup connaît une croissance soutenue (avec 739 millions de CA en 2019, +25% par rapport à 2018 et +49% entre le S1 2019 et le S1 2020) : mais ne nous enflammons pas, cette accélération n’a rien d’exceptionnelle et de nombreuses startups présentent une croissance à deux chiffres bien plus impressionnante.

Alors qu’est-ce qui lui assure sa crédibilité ? Car les investisseurs semblent bien se moquer de ses pertes continues et considérables. En tant que leveur de fonds, nous serions tentés de dire que sa notoriété, construite notamment à travers ses clients gouvernementaux et sa maîtrise de la technologie lui permet de faire sérieux. Mais creuser un peu amène à se questionner sur d’autres aspects : le pouvoir de négociation de ses clients restent élevé et historiquement, Palantir n’est pas une startup qui a beaucoup pivoté.

Avec un fondateur diplômé en sociologie allemande et un autre ouvertement engagé politiquement auprès de Trump, on pourrait légitimement se questionner sur l’équipe. Même si la sociologie allemande mène à tout, cf Karl Marx. Mais ils savent y faire, et tout de même,Peter Thiel, co-fondateur de PayPal, ce n’est pas n’importe qui !

Enfin, nous terminerons notre analyse sur la documentation et la sortie. De ce côté-là, pas trop d’inquiétude quand on voit comment est valorisée la startup et les possibilités de fusion-acquisition qui peuvent s’offrir à elle. En fin de compte, ceci prouve une chose : encore plus que la rentabilité, ce qui intéresse l’investisseur c’est comment il pourra valoriser son action à la sortie ! Et visiblement, l’euphorie règne à cet égard sur le NASDAQ.

Et au final, voici ce que ça donne :

La conclusion et les conseils de Rainmakers, leveur de fonds.

En tant que leveur de fonds qui accompagne les startups, que pouvons-nous en conclure ?

D’abord que si Peter était passé nous voir à Grenoble, nous lui aurions suggéré de retravailler son dossier. Mais bien sûr, c’est Peter, alors tout lui est pardonné. Palantir n’a d’ailleurs pas cherché à lever des fonds avec son introduction en bourse et a préféré se tourner vers une cotation directe !

En même temps, pour les autres que Steve, Peter, Sarroumane ou Elon, ne pensez pas que pour lever des fonds, « y a qu’à… ». Un fonds d’investissement reçoit 500 à 1000 dossiers par an, il n’en close que 1 ou 2 %. Il vaut mieux se présenter avec un dossier de qualité !


[1] https://www.challenges.fr/entreprise/faut-il-avoir-peur-de-palantir-le-geant-du-big-data_649213

Laisser un commentaire