Cette série d’articles est basée sur les travaux de recherche de Caroline TARILLON, Maître de conférences à Grenoble IAE et sur son article publié en 2021 : « Vers une gouvernance coercitive pour soutenir la croissance des startups »1.  

Les enseignants-chercheurs identifient deux modes d’intervention au sein des boards : d’un côté, les investisseurs qui veulent du contrôle sur la startup (que l’on appellera « actionnaires du contrôle »). Ces derniers cherchent à superviser, inspecter les actions du dirigeant à travers différentes opérations telles que contrôler les performances financières de la startup, pouvoir nommer des administrateurs ou encore être présent au conseil d’administration. Ce qui leur importe le plus est la performance de la startup ainsi que son ROI (retour sur investissement). 

Bien souvent (mais pas nécessairement !), ce sont les investisseurs en capital développement et LBO (Leverage Buy Out) qui ont cette vision de direction d’entreprise. 

De l’autre côté, il y a les investisseurs qui souhaitent apporter des connaissances, du réseau (que l’on appellera « actionnaires du partage »). Ceux-ci cherchent à superviser, inspecter les actions du dirigeant à travers différentes opérations telles qu’offrir une expertise économique et financière, conseiller sur les décisions stratégiques, ouvrir son réseau etc. Bien que ces investisseurs veuillent eux aussi un retour sur investissement, ils sont plus engagés sur l’aspect relationnel que « les investisseurs du contrôle ». Ici, on va retrouver plus généralement les Business Angels ainsi que les investisseurs en Capital Risque. 

Bien sûr il s’agit de « personnas », car chaque investisseur est un peu des deux ! 

Pour autant, chacun fonctionne selon des préférences. Alors l’un est-il mieux que l’autre ? L’un ne peut-il pas aller avec l’autre ? That is the question, celle à un million de dollars que se pose la startup à l’occasion d’une levée de fonds.  

En fait l’un ne vaut pas mieux que l’autre, cela dépend des besoins du dirigeant, des envies de l’investisseur et du stade d’avancement de la startup. L’important ici pour le dirigeant est donc de bel et bien comprendre les attentes de son futur investisseur au moment de la négociation afin de ne pas être pris au dépourvu une fois la levée de fonds terminée. Tout est question d’équilibre !  

Attention cependant à ne pas voir « l’actionnaire du contrôle » comme un dictateur et « l’actionnaire du partage » comme le bon samaritain. La majorité du temps, l’actionnaire (ou board member) va rechercher à avoir un pouvoir de contrôle tout en apportant des ressources à l’entreprise.  

Le dirigeant est le maître du navire, le board reste au service du projet. Les actionnaires vont stimuler le dirigeant et l’encadrer pour éviter une potentielle dispersion. Ils vont lui permettre d’identifier des angles morts par exemple mais c’est bel et bien le CEO qui prend les décisions finales et non pas les actionnaires. Car si la startup est dirigée par les uns ou par les autres, c’est la confusion totale et cela peut même amener à l’échec de la startup … ! 

Ce qu’il faut donc retenir :  

  • Le dirigeant doit discuter et comprendre les besoins et les attentes de ses boards members 
  • S’il y a un excès de bienveillance de la part des investisseurs, c’est-à-dire que tout est approuvé, sans discussion, ou bien au contraire un excès d’autorité, qui amène certains board members à infantiliser le dirigeant, ce n’est pas bon. Il faut se souvenir que le board est au service de la startup, voire le plus souvent au service du startupper qui est au service de la startup, et non l’inverse. 

NB : Ceux que l’on appelle « investisseur du contrôle » et « investisseur du partage » correspondent en langage plus académique à une gouvernance (façon de diriger l’entreprise) dite « coercitive » (dans le contrôle) et « cognitive (dans le partage). 

A venir dans le prochain épisode de cette série : « Gouvernance : un facteur de croissance pour les startups » 

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