Un Business Angel (abréviation : « B.A. », et nos amis canadiens disent : «  investisseur providentiel  ») est un particulier qui investit une part de son patrimoine, de son temps et de ses réseaux dans les startups. Il espère en tirer non seulement un enrichissement financier (si l’entreprise tient ses promesses), mais aussi une valorisation sociale et une ouverture cognitive sur des mondes et des pratiques qu’il n’aborderait pas autrement. Et la défiscalisation obtenue via l’investissement au capital de PME ne lui est pas indifférente.

En pratique, les BA investissent surtout lors des tous premiers tours de financement, lorsque l’idée a émergé mais que la traction du marché est encore limitée aux innovateurs ou early adopters. A ce stade en effet :

  • Les fonds de capital-risque ne disposent pas encore des éléments permettant de s’engager. Ils interviendront aux tours suivants, lorsque la startup aura franchi de nouveaux jalons technologiques et commerciaux.
  • Les entrepreneurs ont besoin d’être accompagnés pour franchir les barrages commerciaux, penser leur stratégie et organiser leur entreprise. L’expérience et les réseaux d’actionnaires bienveillants et expérimentés peuvent leur être utiles.

On parle ici surtout de besoins de 100 à 400K€, en tout état de cause inférieurs à 1M€.

Il est toutefois important de s’interroger sur la capacité de réinvestir des BA qui entrent au capital pour éviter l’émergence d’intérêts divergents pouvant aboutir à des blocages sur la stratégie de levée de fonds ou sur la valorisation lors des tours ultérieurs. De même, il est primordial pour les fondateurs de comprendre les motivations du BA à investir et analyser ses compétences, son réseau et son expérience vis-à-vis du secteur ou du marché sur lequel évolue leur startup.

Certains BA, notamment les plus importants (en France, pour des tickets de 50-100 K€ et plus) agissent en solitaire, et leur réputation leur permet de bénéficier d’un deal flow suffisamment fourni. Les autres s’organisent en clubs, permettant ainsi à des particuliers aisés mais non fortunés d’investir des sommes plus modestes, à partir de quelques milliers d’euro, en moyenne 5-10 K€, et pour autant vivre l’aventure startup. Certains viennent également compléter les financements des crowdfunders, avec lesquels la frontière est souvent ténue.

La greffe n’a pourtant pas vraiment pris en France, et le nombre d’adhérents au sein des réseaux de France Angel stagne à +/- 5000 membres. Au total et en tenant compte des BA indépendants, on peut estimer que l’investissement de cette catégorie d’acteurs représente moins de 3% du capital innovation en 2019, une proportion très largement inférieure à ce qui se pratique dans les pays anglo-saxons (on compte en GB 50 000 business angels, et aux USA 300 000).

Cela s’explique par :

  • Des raisons culturelles, parait-il : la France serait un pays de rentiers ?
  • Un régime fiscal qui a beaucoup varié depuis la loi TEPA de 2005 pour devenir in fine relativement marginal, à l’exception du réemploi des plus-values de cession d’entreprise ;
  • Une rentabilité de fait hasardeuse : les BA investissent en amont, de sorte que leur risque est accru et la liquidité de leur investissement repoussée plus loin que les autres investisseurs. Les statistiques à cet égard sont d’ailleurs introuvables, ce qui ne serait pas le cas si elles étaient flatteuses ;
  • Peut-être aussi par le dynamisme inégal des clubs.

De ce fait, le financement d’une startup par des BA se révèle souvent comme un long chemin, escarpé et aux résultats financiers imprévisibles Il y a pourtant de belles réussites en la matière, lesquelles répondent généralement aux mêmes critères, par-delà la qualité intrinsèque du projet :

  1. Les fondateurs s’appuient sur un discours et une documentation élaborée avec le plus grand soin ;
  2. Ils disposent à la base d’un réseau propice, qui constitue un premier cercle d’investisseurs de qualité ;
  3. A partir de celui-ci et de proche en proche, ils consacrent du temps et de l’énergie à développer la notoriété de leur dossier dans les milieux visés ;
  4. Les investisseurs ainsi stimulés échangent entre eux, de sorte que la « mayonnaise prenant », il se constitue un groupe de fans et chacun sortira son chéquier …parce que ses pairs le font aussi.

L’investissement par les BA peut être ainsi considéré comme un phénomène social autant que financier !

Quelques questions :

  • Mon dossier d’investissement est-il calibré pour séduire cette cible ?
  • Ai-je intégré la période toujours trop longue d’évangélisation des BA ?
  • Quelles sont les motivations, les compétences et l’expérience des BA auxquels je m’adresse ?
  • Ai-je bien mesuré pour chacun des investisseurs sollicité l’apport non financier qu’il représente ?
  • De même – cela peut arriver-, ai-je bien mesuré son pouvoir de nuisance au sein de la gouvernance ?

Dans le cas d’un grand nombre de BA, ai-je envisagé de les réunir en société holding afin de ne pas présenter aux tours suivants une table de capitalisation trop éclatée « façon puzzle » ?

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